Zones humides

Il s’agit d’étendues de marais, de fagnes, de tourbières d’eaux naturelles ou superficielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est statique ou courante. On parle aussi de zones où la nappe phréatique est suffisamment proche de la surface pour modifier la végétation qui y pousse.

La législation wallonne (arrêté exécutif régional du 8 juin 1989 officiellement en application depuis 1994) reconnaît les  zones humides « d’intérêt biologique », quand la valeur écologique et scientifique est reconnue par arrêté du Ministère chargé de la conservation de la nature, sur avis du Conseil supérieur wallon de la Conservation de la Nature. L’arrêté interdit de cueillir, d’endommager ou de détruire les espèces végétales ainsi que de chasser, capturer ou perturber les espèces animales sauf espèces dont la chasse ou la pêche est autorisée.

 

Pourquoi est-il important de les préserver ?

Les zones humides ont de nombreux rôles.

Elles se comportent comme des éponges et absorbent les excès de pluie, elles participent donc à la régulation du débit des cours d’eau, garantissant ainsi une protection contre les crues. En période de sécheresse, elles restituent progressivement l’eau qu’elles ont accumulée. Elles contribuent donc également à l’alimentation des nappes phréatiques et à la constitution d’une réserve d’eau potable.

En terme de biodiversité, ce sont de véritables réservoirs : milieux très riches, les zones humides sont un habitat naturel prisé par de nombreuses espèces directement inféodées à ce type de milieu. Elles font donc partie de notre patrimoine naturel et contribuent à sa richesse.

Les zones humides participent ensuite à la qualité paysagère et esthétique du territoire. Elles contribuent donc directement à l’attractivité touristique du territoire, et permettent des retombées économiques non négligeables. En outre, elles sont support d’activités de loisirs, sportives, d’éducation à l’environnement et d’observation de la nature.

 

Divers enjeux se posent aujourd’hui quant aux zones humides :

–      Préserver la tranquillité nécessaire à la faune sauvage tout en permettant l’accueil du public ;

–      Favoriser l’observation de la faune et de la flore avec le minimum d’impact sur celles-ci tout en permettant les allées et venues du public ;

–      Entretenir la végétation en maintenant et même en développant la biodiversité et pour limiter la prolifération d’espèces jugées indésirables ;

–      Sensibiliser le public aux intérêts représentés par cette zone humide afin d’encourager des comportements respectueux.

 

Comment gérer une zone humide ?

Il n’y a, bien entendu, pas de recette universelle qui pourrait être appliquée à n’importe quelle zone humide ! Il existe une grande variété de zones humides, avec des caractéristiques et des fonctionnalités différentes, au sein de territoires ayant une identité et un fonctionnement propre. Les objectifs de gestion dépendront donc de l’étude préalable consistant à faire l’état des lieux et le diagnostic de l’existant.

Ce diagnostic doit permettre d’évaluer le potentiel d’évolution du lieu. La vocation que l’on souhaite donner au lieu est également déterminante pour les objectifs de gestion.

Le but de la gestion d’une zone humide est de maintenir le milieu ouvert, qui, en l’absence d’intervention, évolue spontanément vers un boisement suite à un atterrissement progressif du plan d’eau.  Le boisement d’un milieu signifie sa fermeture et la disparition du type « zone humide », avec toutes les espèces végétales et animales qui lui sont inféodées.

La première des choses à faire est de réaliser un diagnostic afin d’assimiler toutes les connaissances nécessaires sur le site en question (superficie, espèces végétales et animales, problèmes posés, usages du site…), et de pouvoir ensuite déterminer des objectifs de gestion appropriés. Une fois les objectifs fixés, il faut établir un plan d’actions. Ce plan d’action peut prendre la forme d’un plan de gestion annuel, révisable, et évolutif en fonction des résultats obtenus. L’évaluation des actions entreprises est en effet indispensable : elle permet de connaître les différents impacts des actions sur le milieu et de prendre les mesures correctives nécessaires en cas de résultat insatisfaisant.

Un « carnet de bord » ou cahier d’entretien, utilisé quotidiennement, permettra de relever toutes les observations et de noter toutes les actions entreprises, avec un maximum de détails possibles (date de l’opération, nature de l’opération, secteur concerné, observations diverses)

 

Afin d’optimiser l’entretien, il est conseillé de réaliser un zonage de l’espace, avec les caractéristiques propres à chaque zone, comme le montre l’exemple de la zone humide de la Glaume à Châteaugiron (Ile et Vilaine) :

 

 

Type

Caractéristique

Intérêts écologiques

Usages

Mode d’entretien

1

Zone  humide centrale, eau libre

Poissons, oiseaux aquatiques (canards, limicoles)

Zone de nourrissage, de refuge

Observation de la faune

Intérêt paysager

Aucun entretien (sauf peut-être un curage décennal selon l’évolution du milieu)

2

Zone humide marginale : vase et bordure végétale immédiate

Oiseaux, batraciens, petits mammifères, insectes aquatiques, mollusques

Observation faune et flore, intérêt pédagogique

Aucun entretien (sauf nettoyage des déchets)

3

Marais : végétation caractéristique de zone humide, notamment carex

Flore caractéristique des zones humides. Rôle d’épuration. Abris et nourriture pour la faune (oiseaux, insectes, petits mammifères …)

Observation faune et flore, intérêt pédagogique et paysager.

L’accès des piétons et des chiens est indésirable dans cette zone (ainsi que dans les zones 1 et 2).

Fauchage une fois par an à l’automne. Idéalement les végétaux coupés doivent être retirés de la zone pour éviter l’enrichissement en matière organique.

4

Zone de transition avec le marais

Transition entre la flore banale et la flore spécialisée du marais.

Observation faune et flore, intérêt pédagogique et paysager.

Ponctuellement,

Expérimentations effectuées : par exemple, ensemencements.

Accès piétons ponctuel.

Deux fauchages par an ( juin et automne. Opérer chaque

fauche en plusieurs étapes ou ménager des petits refuges non fauchés pour les insectes hôtes des plantes (libellules et papillons)

5

Zone « espace vert banal »

Faible. Installation de nichoirs dans les grands arbres.

Circulation du public.

Intérêt paysager, ombrage.

Classique en évitant toutefois l’usage de pesticides et de produits chimiques.

6

Observatoire (s) et mare

Observation de la faune (oiseaux et

batraciens)

Destiné au public intéressé et respectueux du milieu

 

Nettoyage hebdomadaire.

Patrouillage

 

 Gestion d’une zone humide par fauchage

La fauche alternée consiste à ne pas faucher l’ensemble du milieu en une seule fois, afin de laisser des refuges pour la faune, notamment les insectes qui trouvent refuge à l’intérieur de brindilles. Un faucardage des hélophytes permettra de maintenir rives et fossés dégagés, et d’ainsi écarter les risques de comblement. Le produit de la fauche sera exporté afin d’éviter un enrichissement du sol en matières organiques, qui serait propice au développement de plantes indésirables nitrophiles. La non accumulation de litière empêche le processus d’eutrophisation et garantit le développement d’une diversité herbacée très intéressante pour la faune.  Par ailleurs, la fauche permet de reconquérir des sites abandonnés. La réouverture, par la fauche, de sites embroussaillés est couramment utilisée dans la restauration de sites humides. Son utilisation est cependant à réserver aux sites faciles d'accès et peu engorgés.

 

Gestion d’une zone humide par pâturage

Le pâturage extensif, à condition de respecter une certaine densité de bétail à l’hectare, constitue une solution véritablement intéressante. Par le broutage et le piétinement, les animaux contribuent à maintenir le milieu ouvert en limitant l’embroussaillement, à élever la diversité floristique et à créer une mosaïque d’habitats. C’est en outre une alternative peu coûteuse comparativement à l’emploi de machines, et beaucoup plus douce pour le milieu.

Le choix s’orientera de préférence vers des espèces rustiques, plus résistantes aux maladies et au froid, mais également moins sélectives au niveau des types de végétaux mangés.  Bien souvent, on installe différentes espèces qui ont des exigences alimentaires différentes (exemple : mélange chevaux et bovins). S’il y a trop de refus, un fauchage des végétaux délaissés par les bêtes peut s’avérer nécessaire. Les jeunes pousses de ces végétaux, plus tendres, seront alors peut être appréciées des animaux.

Pour leur confort, il peut être intéressant d’aménager une haie où les bêtes pourront se protéger du soleil en saison estivale, ainsi qu’un abreuvoir pour éviter qu’elles ne s’abreuvent dans le plan d’eau et piétinent les berges.

La charge en « unités gros bétail »[1] est une notion importante à appréhender avec précaution : en effet, une trop grande densité de bétail peut provoquer un surpâturage et un piétinement du sol, entraînant une compaction défavorable aux plantes et à la microfaune. À l’inverse, avec un chargement trop faible, les animaux ne consomment que les végétaux les plus appétant, ce qui risque de poser à terme des problèmes de fermeture ou d'envahissement par les espèces plus compétitives. Quelques essais seront sans doute opportuns ainsi qu’une observation minutieuse des effets au début des essais.

 

L’avantage de cumuler les deux méthodes, c’est que les déchets de fauche peuvent constituer une source d’alimentation complémentaire pour le bétail, et que la fauche pourra être privilégiée dans les zones sensibles au piétinement. Les déchets de fauche peuvent encore être utilisés pour le paillage des massifs en ville ou pour alimenter un compost communal.

 

La gestion extensive par pâturage et/ou fauche alternée donne des résultats assez rapides : au sein de sites où elle est appliquée, on a observé le retour d’espèces d’oiseaux (rapaces, limicoles) et d’insectes qui avaient disparu du milieu en question. Elle permet également le retour de végétaux qui avaient disparu et qui étaient restés en dormance dans le sol sous la forme de graines. La fauche répétée, avec exportation, associée à un décapage superficiel du sol, permet de révéler la banque de semences du sol et de favoriser le retour de végétaux typiques, voire rares ou menacés.

 

Gestion d’un étang par assec

L’assec est une technique de gestion préventive appliquée aux étangs. Il consiste à assécher temporairement l’étang, en général pendant l’hiver, pour le remplir au printemps. Cette pratique a plusieurs objectifs, dont celui de « rajeunir » le milieu par la réduction de l’envasement, que l’on obtient en exposant la vase à l’air libre. Celle-ci va alors sécher et se minéraliser. L’assec permet également de lutter contre le développement de plantes indésirables : exposées à l’air, les plantes, qui supportent mal le gel, meurent. Ensuite, l’assec est aussi utilisé pour éliminer les parasites qui se logent dans la vase, mais également pour favoriser la biodiversité végétale, en permettant l’installation sur la vase exondée de plantes pionnières.

 

En savoir plus sur l’assec…

 

Les difficultés de gestion des zones humides


La gestion extensive d’une zone humide nécessite un travail d’adaptation continu. Le milieu n’est en effet pas figé et il arrive souvent qu’une espèce d’insecte ou d’oiseau, non présente au départ, apparaisse, ce qui implique alors des changements dans les méthodes de gestion. Le protocole de gestion n’est donc pas non plus figé : il évolue en fonction des observations faites sur le terrain.

 

La fauche exportatrice est un élément important de la gestion d’un milieu humide. Cependant, ce n’est pas toujours facile d’exporter : soit on n’a pas le matériel adapté, soit on ne sait pas où entreposer les déchets de fauche… Les solutions sont un peu à étudier au cas par cas : peut-être y a t-il un agriculteur dans les environs qui serait d’accord pour reprendre le foin pour ses bêtes ? Ou une commune proche qui recycle ses déchets verts pour en faire du paillage sur ses massifs ? Ou encore un compost collectif à proximité ? Ou enfin, si on fait aussi du pâturage sur le site, peut-être peut-on donner le foin aux bêtes pendant la saison hivernale ?

Si on ne trouve pas de solution pour exporter, le dernier recours possible est de stocker les déchets de fauche sur place, mais en aval du lieu pour que la matière organique n’enrichisse pas l’ensemble du milieu !

 

Il arrive parfois que des gestionnaires doivent faire face à des intérêts contradictoires, par exemple entre ceux des oiseaux et ceux des amphibiens. Il est alors nécessaire de trouver un compromis. Ce n’est pas toujours facile de trancher, car alors on a le sentiment de privilégier la protection d’une espèce au détriment de l’autre. Dans ce genre de situation, le gestionnaire essaiera d’élargir sa vision au-delà de son seul site, pour voir si une autre zone humide proche de la sienne n’applique pas déjà une démarche forte de protection de l’une ou l’autre espèce. Si cette autre zone humide s’avère avant tout favorable aux oiseaux, sans doute que le gestionnaire choisira de protéger plutôt les amphibiens sur son propre site.

 

Des plantes exotiques envahissantes sont susceptibles de s'implanter sur une zone humide (Renouée du Japon, Myriophylle du Brésil, Jussie...). La présence de ces plantes doit toujours générer une attention accrue chez le gestionnaire, ainsi que la mise en pratique d'une gestion rigoureuse de ces plantes, visant à contrôler et limiter leur expansion. Pour en savoir plus sur la gestion des plantes invasives, consultez notre article à ce sujet.

 


[1] Une vache ou un cheval correspond à 1 UGB, une brebis à 0,15 UGB.



Cet article a été réalisé avec l'appui des documents suivants :

 

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