Ravageurs et maladies

 La lutte contre les ravageurs en plein air

Avant la venue de l’ère chimique, les paysans et horticulteurs utilisaient des méthodes de lutte dites biologiques basées sur un savoir généralement empirique. Depuis quelques années, l’histoire a prouvé que le chimique offrait un équilibre fragile dû à de nombreuses lacunes telles que l’accoutumance des nuisibles aux produits, la pollution des eaux de surfaces et souterraines, les risques pour la santé humaine etc. D’ailleurs, en commune, la lutte chimique par pulvérisation est fortement déconseillée sur des lieux fréquentés par la population ou techniquement inapplicable sur de grands sujets.

 

De plus, les pullulations de ravageurs en espaces verts sont peu fréquentes, mais lorsqu’elles surviennent elles représentent rapidement une source de nuisance esthétique* et commoditaire*. Les ravageurs les plus courants sont les pucerons sur rosiers, tilleuls, …. et les cochenilles pulvinaires.

 

Le milieu urbain est particulièrement propice à leur apparition. En effet, les plantes subissent diverses contraintes (pollution de l’air, tassement du sol, coups au niveau du tronc, tailles sévères,…) qui les affaiblissent et limitent leurs défenses naturelles. D’autre part, ces plantes, que ce soit des massifs fleuris ou des arbres d’alignement, restent isolés d’un environnement «naturel». Ce qui veut dire que la présence de prédateur naturel des ravageurs en question peut être limitée, voire inexistante.

 

Dès qu’il faut intervenir, suite à la pression du citoyen ou à l’observation d’un affaiblissement inquiétant de l’arbre, se pose la question du mode d’intervention : chimique, biologique ou mécanique ?

 

La lutte biologique comme chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Les avantages sont bien entendu le respect de l’environnement, son efficacité, sa pérennité (dans le cas de lâcher, voir plus bas) et sa facilité de mise en place.

 

En contrepartie, une bonne utilisation des techniques biologiques demande un minimum de connaissance sur les ravageurs, un bon sens de l’observation et le respect de délais parfois très courts entre la livraison et le lâcher d’un prédateur. Il est nécessaire aussi de maîtriser l’utilisation d’auxiliaires. À l’exemple de la coccinelle, ces insectes utiles peuvent être des prédateurs ou encore les parasites d’un ravageur.

 

En pratique, pour la détermination d’un problème et le choix d’une intervention, il est nécessaire de réaliser un minimum d’observations:

  • Détermination de la cause et analyse de l’environnement proche

Ce point est primordial et souvent minimisé. Par exemple, dès l’observation de miellat sur les feuilles, il ne faut pas conclure trop rapidement à une attaque de pucerons, car d’autres ravageurs peuvent en être responsables. La cause peut être aussi non parasitaire : une carence, une pollution par les herbicides ou le sel de route, une blessure au niveau des racines ou du tronc,...

  • Stade de développement du nuisible

Le stade de développement du ravageur dictera le choix du mode d’intervention. Exemple : pour un piège à phéromones, il est indispensable de l'installer au tout début de la période de reproduction.

  • La position de celui-ci sur la plante

Ce point est surtout important dans le cas de maladies ou de carences.

  • Une estimation de la population du nuisible

L’importance de la population permettra de savoir dans quelle mesure l’un ou l’autre seuil de nuisance est dépassé ou non. Un seuil de tolérance du nuisible peut être accepté dès lors que les conséquences ne sont pas trop contraignantes.

  • Présence de prédateurs naturels

Cette observation, qui demande un minimum de compétence en reconnaissance d’insectes, est aussi souvent négligée. Une observation, par échantillonnage, permettra d’évaluer la population du prédateur et d’estimer si celui-ci pourra contrôler le ravageur afin de l’amener en dessous du seuil d’intervention.

Toutes ces informations, donnerons la conduite à avoir vis-à-vis du nuisible.

 

Cas pratique

Prenons le cas de la lutte contre la cochenille pulvinaire. Cette cochenille est fréquente sur les tilleuls en milieu urbain. On la remarque surtout durant la période de ponte car les œufs sont pondus dans un amas floconneux blanchâtre produit par la femelle. Suivant l’espèce de cochenilles, les amas diffèrent et n’apparaissent pas nécessairement aux mêmes endroits :

-Pulvinaria regalis les amas floconneux sont plutôt sphériques et se trouvent surtout sur le tronc et les branches ;

-Eupulvinaria hydrangeae les amas floconneux sont plutôt allongés et on les retrouve surtout sur la face inférieure des feuilles.

 

source Adalia

 Les dégâts provoqués par les cochenilles sont identiques à ceux des pucerons. Elles aspirent la sève des plantes et produisent du miellat.

Cette substance collante qu’elles rejettent est souvent l’objet de plaintes de la part des riverains qui les retrouvent sur les tables des terrasses de café ou sur le par brise des voitures.

 Le seuil d’intervention pour ces cochenilles est de 50 larves par 50 centimètres de bois. Au-delà de ce seuil on estime qu’une intervention est nécessaire. Bien entendu, ce seuil peut être modifié en fonction de la situation de l’arbre. Au dessus d’une terrasse de café, ce seuil de tolérance est plus bas, car il faut limiter au maximum les coulées de miellat (pour un protocole plus complet, voir le site www.adalia.be – section professionnel).

 Il existe également différentes manières de gérer les pullulations de cochenilles :

  • Mécanique :

Cela consiste à décrocher de l’arbre les adultes cochenilles à l’aide de jets d’eau ou de brosses.

En effet, arrivées au stade adulte, les cochenilles ne se déplacent plus. Dès lors qu’on les décolle de l’arbre et qu’elles se retrouvent sur le sol, elles ne seront plus nuisibles pour l’arbre.

  • Biologique :

C’est la méthode la plus rapide et la plus efficace. Cela consiste à introduire un prédateur naturel de la cochenille pulvinaire, à savoir la coccinelle Exochomus Quatripustulatus. Celle-ci est présente naturellement chez nous. L’objectif de la manipulation est de se rapprocher d’un équilibre naturel entre le ravageur et son prédateur.

Il n’est donc pas question de réaliser un lâcher massif de coccinelles, mais d’introduire de petites quantités durant 2 ou 3 ans.

Cette coccinelle est introduite à l’état larvaire au tout début des pontes des cochenilles, soit fin mai, début juin.

Son application est facile et ne nécessite qu’un seul apport par an. Quand à la mise en place, cela peut se faire à l’échelle ou avec une nacelle.

 

En terme de coût, la lutte biologique équivaut à la lutte chimique, mais le lâcher peut se présenter comme une solution à long terme. En effet, les coccinelles vont s’installer et se reproduire, fournissant une protection durant plusieurs années.

 

Allez donc jeter un oeil à notre vidéo sur la lutte biologique!

 

* Nuisance esthétique : Niveau parasitaire entraînant une altération esthétique ressentie comme gênante ou inacceptable. Ex : feuillage poissant, noircissements (fumagine), défoliation, troncs blanchis.

Le niveau de ce seuil peut varier en fonction de l’emplacement dans la ville.

 ** Nuisance commoditaire : Niveau d’attaque qui atteint au confort et à la facilité de vie des personnes, ces désagréments résultant de la présence d’organismes ou de leurs effets indirects.

Ex : trottoirs collants (miellat de pucerons ou cochenilles), voitures tachées

 

  • Pour en savoir plus sur la lutte contre les ravageurs en espaces verts, rendez-vous sur le site www.adalia.be – section professionnel. Vous y retrouverez des conseils de lutte et des expériences de communes wallonnes.
  • Si vous êtes curieux de découvrir l'expérience de la commune d'Herstal en lutte biologique, visionner notre mini-reportage à ce sujet !
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