La conception raisonnée, le premier pas vers une gestion différenciée efficace !

Par Célia Larrinaga-Balseiro, conseillère technique pour professionnels chez Adalia 2.0

 

Alors que la gestion différenciée est une notion de plus en plus maitrisée par les gestionnaires d’espaces verts, du fait de l’interdiction des pesticides, la conception raisonnée, elle, est méconnue et n’est pas toujours bien réalisée.

 

Qu’est-ce que la conception raisonnée et pourquoi l’appliquer ?

Concevoir un espace vert de façon raisonnée, c’est l’aménager par rapport à la fonction qu’il va avoir mais aussi par rapport à la gestion que l’on va devoir y appliquer (sans pesticides !).
Peu importe l’espace en question, la conception raisonnée permet d’anticiper les éventuels futurs problèmes de gestion en intégrant directement, lors de la conception, l’entretien de l’espace en question. Le but est de créer un espace fonctionnel, esthétique, bénéfique au niveau social, environnemental et économique et facile à entretenir sans pesticides. Il y a pour cela des principes à respecter, des questions à se poser et de petites astuces à connaître : la bonne plante au bon endroit, le bon revêtement au bon endroit, la concertation avec les gestionnaires et intégrer harmonieusement la végétation spontanée.

Elle permet donc un gain de temps et d’argent, de simplifier le travail des ouvriers et de favoriser la biodiversité et de réduire l’empreinte écologique de la gestion.

   

 

En pratique, ça donne quoi?

TigrePlatane

   

Malheureusement, tous les concepteurs ne sont pas sensibilisés ou n’adhèrent pas à cette conception raisonnée. Leurs propositions semblent ignorer (ou négliger) la nouvelle réglementation sur la réduction des pesticides. Les gestionnaires sont alors confrontés à des difficultés qui pourraient être évitées dans les futurs espaces publics.

Un autre problème récurrent est que les donneurs d’ordres ne fournissent pas toujours des indications assez précises de ce qu’ils désirent dans le cahier de charge.

De fait, force est de constater que bon nombre d’aménagements présentent des problèmes au niveau de la mise œuvre des espaces verts. Comme exemples, nous pouvons citer : choix d’espèces inadaptées aux conditions locales qui nécessitent beaucoup d’entretien, les arbres plantés dans des fosses de plantation ne tenant pas compte de la taille que l’arbre atteindra dans le futur, des revêtements non adaptés à la gestion différenciée et donc difficiles à entretenir sans pesticides, multiplication des obstacles au passage de machine de désherbage non chimique, etc.

 

Quelles solutions?

Le meilleur moyen d’éviter ces désagréments est de s’adresser à des professionnels qui connaissent la nouvelle réglementation et qui maîtrisent la gestion différenciée.

Il est fortement conseillé aux donneurs d’ordres de rédiger un cahier des charges précisant les contraintes ultérieures d’entretien afin qu’elles soient prises en compte. Les aménagements devront tenir compte de la fonction, de la situation et des caractéristiques du lieu.

   

PyraleLarve

 

Le cahier des charges doit donc contenir un maximum d’informations :

  • L’état des lieux, le plus exhaustif possible (avec zonage : zones phare de prestige, les zones de grand passage et les zones plus naturelles) ;
  • Choix des matériaux, végétaux, mobilier et leur emplacement pour répondre à des critères d'esthétisme, de fonctionnalité et d'écologie qui formeront un projet durable répondant aux besoins du plus grand nombre et adapté à une gestion différenciée ;
  • Le diagnostic, identifiant les problèmes et les hypothèses d’actions ;
  • Les orientations d’aménagement, qui reprennent de façon synthétique les priorités et les enjeux du commanditaire ;
  • Le budget prévisionnel.

 

Le commanditaire doit clairement, à ce stade, exprimer sa volonté de mener une gestion écologique du site et décrire précisément ses exigences à ce sujet (non utilisation des pesticides, place laissée à la végétation spontanée, réalisation d’un plan de gestion en concertation avec les jardiniers, …).

Parc Hauster, Chaudfontaine
Photo: Martin Dellicour

  

Le choix des espèces est une étape cruciale puisqu'il va permettre de rencontrer les objectifs esthétiques définis pour chaque zone. Une attention particulière sera apportée au respect des paramètres liés au développement correct des plans comme la nature du sol, la luminosité ou l'exposition aux vents dominants ainsi qu'aux associations des cortèges phytosociologiques.

Le choix des essences pourrait également permettre de faire renaitre une végétation ancienne et un peu oubliée du fait de leur rusticité, ou encore œuvrer à l'enrichissement tant floristique que faunistique de la région.

La diversification des essences devrait également permettre de diminuer la pression potentielle des ravageurs ou des nuisibles.

 

Pour vous aider, voici un guide très complet qui a été créé par Plante & Cité et qui contient toutes les étapes et informations dont vous avez besoin : LARRAMENDY S., HUET S., MICAND A., PROVENDIER D., 2014. Conception écologique d’un espace public paysager – Guide méthodologique de conduite de projet, Plante & Cité, Angers, 94 p. Ce guide est également disponible en PDF sur internet.

 
rejoigneznous