Des terrains de sport sans pesticide ? Si, si ! C'est possible !

Newsletter juin 2016
 

Les 11 et 12 avril, l’équipe du Pôle GD était en visite dans le Nord de la France, principalement pour voir les terrains de sport 0 pesticide d’Erquighem-Lys. Et le 18 mai, c’est lors d’un colloque que la ville d’Ostende a montré son expérience en la matière, en donnant des informations techniques aussi précises que précieuses ! Les expériences d’Erquighem et d’Ostende s’ajoutent donc à celle de Baldersheim (voir newsletter de décembre 2015) pour montrer qu’il est bel et bien possible de gérer des terrains de sport sans pesticide. Qui sera le suivant à tenter l’expérience ?

Petite commune, grandes ambitions (vertes !)

Au bord de la Lys, à 17 km à l’ouest de Lille se trouve Erquinghem, petite commune de 5000 habitants. Petite, mais ambitieuse ! Non seulement Erquinghem a été récompensée par 3 fleurs au concours "Villes et Villages Fleuris", mais elle a aussi reçu 3 libellules, le plus haut niveau de certification au label "Ville Nature". La démarche de gestion différenciée et l’abandon quasi total des pesticides lui ont permis d’obtenir cette distinction. Seuls quelques traitements chimiques sont encore réalisés dans certains cimetières et pour la mise en place d’un nouveau gazon.

  

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Adieu annuelles, bonjour arbustes et vivaces ! 

La démarche de la commune est donc globale, mais c’est surtout à la gestion écologique des terrains de sport qui nous intéressait. C’est avec une fierté tout à fait justifiée que Jean-Luc Dugrain, responsable du service Espaces Verts et Alain Bézirard, le maire, nous ont fait visiter leur plaine sportive.

Au risque de vous décevoir, pas de secret, pas de solution miracle : le (presque) zéro phyto est le résultat d’expériences réalisées sur plusieurs années pour trouver une combinaison de techniques alternatives, mais surtout beaucoup de concessions et de volonté. Les "mauvaises herbes" et autres ennemis du gazon sont aussi virulents qu’ailleurs et les joueurs aussi exigeants.

La plaine sportive, ouverte en 2002, a été conçue dans l’idée d’être plus verte, plus naturelle que les complexes sportifs habituels. Le complexe comprend un terrain d’honneur et un terrain d’entraînement en gazon végétal, ainsi qu’un terrain en gazon synthétique. Les terrains sont séparés par des haies bocagères, composées de différentes essences locales, qui ont l’avantage d’être plus faciles à gérer. Les gazons ne sont plus du tout arrosés depuis cinq ans, la fertilisation est limitée, et cela fait environ six ans que les pesticides ont été abandonnés.

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Travail mécanique du terrain
          

La gestion sans pesticide des gazons sportifs mise sur plusieurs volets.

Le premier est lié à la tonte. Auparavant, les gazons étaient tondus trois fois par semaine par un système hélicoïdal. Maintenant, les gestionnaires utilisent une machine rotative qui permet d’alterner les hauteurs, passant de 2,5 à 3,5 cm pour ensuite revenir à 2 cm, ce qui réduit l’apparition des dicotylées.

Le deuxième axe de travail est un apport de Bactériosol®, un mélange de bactéries qui décompose le feutre et le transforme en matière organique utilisable par les plantes, ce qui permet de réduire l’utilisation d’engrais. Un autre avantage de la technique est que cela favorise l’enracinement du gazon en profondeur, pour une meilleure tenue.

Le troisième volet est le travail du sol par scarification et le regarnissage régulier du gazon. Pour éviter le développement des herbes non désirées, il est important de maintenir la couverture de graminées la plus dense possible en permanence.

Le dernier volet - mais non le moindre – permettant d’atteindre le zéro pyto est la tolérance à la végétation spontanée et la communication. Oui, il y a des pissenlits dans le gazon. Oui, il y a des pâquerettes. Jean-Luc Dugrain le reconnaît, les techniques précitées ne sont pas miraculeuses et ses terrains n’ont pas le même aspect que s’ils étaient traités chimiquement. Cela ne veut pas dire que c’est impossible, mais avoir un gazon sans intrus et sans pesticide demanderait des moyens qui nécessiteraient d’autres concessions. Les gestionnaires ont donc fait le choix de ne pas lutter outre mesure contre la nature et plutôt de compenser par une communication vers les utilisateurs.

Une autre concession faite à la nature est que les terrains sont régulièrement inondés. La Lys a en effet la fâcheuse tendance à déborder et les gestionnaires préfèrent que la plaine sportive serve de zone tampon, où l’eau peut s’infiltrer lentement mais naturellement, plutôt qu’elle ne s’accumule dans les zones habitées ou dans le réseau d’égouttage.

 

Jouer sur tous les plans

La Ville d’Ostende a décidé d’arrêter les pesticides en 2007, mais il a fallu 2 ans pour atteindre le zéro pesticide dans le complexe sportif. Ici aussi, les gestionnaires ont trouvé des solutions à différents niveaux. Rappelons qu’en Flandre, les services publics ont reçu un avis en 2005, disant qu’ils devaient arrêter les pesticides immédiatement, ou bien mettre en place un plan pour atteindre le zéro phyto pour 2015. Elles n’y sont pas encore toutes, mais la Ville d’Ostende fait partie des "bons élèves" et la gestion sans pesticide du parc De Schorre a fait l’objet d’un article dans la revue Groencontact de mars-avril 2016. 

Le complexe compte 22 terrains de football, dont un en gazon synthétique, plus des terrains de football américain, de baseball et autres. La grande taille du complexe est un atout, car elle permet de jouer sur l’intensité d’utilisation des terrains, mais gérer une telle superficie sans aucun pesticide est aussi un fameux défi ! D’autant plus que De Schorre se trouve en plein milieu des polders. La gestion de l’eau est donc une contrainte supplémentaire avec laquelle il faut composer : en hiver, un tiers des terrains sont mis hors service car le sol est gorgé d’eau.

Pour assurer la qualité de gazon, la tonte est un élément très important. Selon la croissance du gazon, qui dépend de la météo, deux ou trois tontes par semaine sont réalisées, à 3 cm de hauteur. Pas question de tondre plus court, même si les clubs de football insistent, car tondre une plus grande proportion de "matière verte" serait néfaste à la santé du gazon.

La gestion sans pesticide implique une attention particulière sur la couche supérieure du sol, déterminante dans la qualité du gazon. Un apport de sable et un semis, sont réalisés chaque année pour l’ensemble des terrains. Tous les 3 ou 4 ans, les terrains sont étrépés en surface pour éliminer les premiers centimètres de sol et resemer ensuite.

Par ailleurs, les terrains sont fertilisés plusieurs fois par an. La compaction du sol est surveillée à l’aide d’un pénétromètre, et le terrain est aéré dès que nécessaire. Des interventions manuelles permettent de désherber les quelques mauvaises herbes qui apparaissent ponctuellement. Les gestionnaires ont dû faire face à des maladies telles que le fil rouge et le dollar spot, mais ils ont réussi à endiguer le problème par une fertilisation adaptée.

Ici donc, contrairement à Erquinghem, pas de concession faite à la nature, pas d’intrus tolérés dans les gazons. Mais cela a un prix : 336.000€ en 2015 rien que pour l’entretien des gazons ! Et malgré ce budget, les gestionnaires insistent sur l’importance de la communication pour faire accepter certains changements auprès de clubs sportifs.

  

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Apport de sable
 
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Etrépage

Pour terminer, notons que la gestion sans pesticide du complexe sportif est à replacer dans une démarche plus globale. Les gestionnaires ostendais appliquent en effet la gestion différenciée (même si ce terme n’existe pas à proprement parler en Néerlandais) sur l’ensemble du territoire. Cela s’est traduit par des pieds d’arbres plantés de couvre-sols, l’utilisation d’essences vivaces dans les parterres, des cheminements imperméabilisés tandis que d’autres sont enherbés… Le cimetière a d’ailleurs été primé dans le cadre du concours Groene Lente pour sa végétalisation permettant la gestion sans pesticide.      

rejoigneznous