Réduction des pesticides sur les terrains de sport : exemples français

Newsletter décembre 2015
 

Ces 16 et 17 novembre, Valérie Vanparys, chargée de mission au Pôle GD, était en Alsace et en Lorraine à la rencontre de gestionnaires de terrains de sports gérés sans pesticides – ou presque! Dans cette région où la principale source d'eau potable est très vulnérable, la réduction des pesticides est un enjeu majeur depuis plus de 20 ans. Mais les terrains de sport représentent un défi de taille pour le zéro pesticide. Retour d'expérience de trois cas contrastés.

 

Complexe sportif de Strasbourg 

Rugby-Strasbourg

 Le chef-lieu alsacien est en zéro pesticide depuis 2008… ou presque, car des herbicides sélectifs sont appliqués environ tous les 3 ans sur les pelouses sportives. Les terrains de football et de rugby de la Ville de Strasbourg sont utilisés par des joueurs de haut niveau. Luc Christophe (responsable technique) et Jean-François Jacob (directeur adjoint à la Direction des Sports) expliquent que la présence de pâquerettes et de trèfles n'est pas (encore) acceptée et que le désherbage chimique est pour l'instant la seule manière de lutter contre ces plantes. Par contre, plus aucun traitement fongicide ou insecticide n'est appliqué.

Pour limiter les traitements chimiques, les gestionnaires travaillent le terrain de manière mécanique. Outre les décompactage et carottage du sol, trois défeutrages et deux scarifications sont réalisés chaque année. Le sol est aussi amélioré par un apport de sable et une fertilisation. Par ailleurs, un amendement à base d'algues marines riches en silice est appliqué. Une autre technique, venue de l'agriculture biologique, est aussi utilisée pour améliorer la qualité du sol : le Bactériosol®. Il s'agit de bactéries qui transforment la matière organique en humus. Les gestionnaires trouvent la technique intéressante pour les pelouses sportives car elle réduit le feutre, fertilise le sol et le décompacte. Contre les adventices, l'opération la plus importante est certainement le regarnissage. Des sursemis sont donc réalisés régulièrement pour éviter les trous dans le revêtement de graminées.

L'association FREDON-Alsace a formé les gestionnaires à la réduction des pesticides au début de la démarche, mais c'est surtout leur expérience sur leurs propres terrains qui leur apporte les idées les plus concrètes. La réduction des pesticides n'a pas entraîné de surcoût. Le budget a simplement été transféré des pesticides vers les alternatives. Cela a aussi permis d'acheter un décompacteur de plus grand format, qui est mutualisé.

L. Christophe et J-F. Jacob témoignent que les choses se passent mieux maintenant qu'au début de la démarche, grâce aux efforts de communication de la Ville vers les citoyens. Mais concernant les utilisateurs des terrains, la communication la plus efficace se fait sous forme de discussions informelles avec les gestionnaires.

Sport-Strasbourg

 

Terrain de football de Baldersheim

Cette petite commune (2000 habitants) de la banlieue de Mulhouse accueillait, le 17 novembre dernier, une réunion sur l'entretien sans pesticide des terrains de sport. Elle rassemblait une vingtaine de responsables communaux, venus partager leur expérience. Sur le terrain de football de Baldersheim, le responsable Marc Houcth mène actuellement des expériences, accompagné par la FREDON, pour parvenir au meilleur résultat possible, sans recours aux pesticides. Les résultats de cette étude seront prochainement publiés et nous ne manquerons pas de les transmettre !

En attendant, M. Houtch a observé que les problèmes de maladie ont disparu depuis qu'un travail mécanique du sol est combiné à l'application de Bactériosol® et de purin d'ortie comme fertilisant. Selon lui, l'état du gazon est une question d'équilibre. Reste le problème des adventices. Sa stratégie est centrée sur le regarnissage : des sursemis sont réalisés régulièrement, en essayant que le gazon se développe plus vite que les adventices. D'autres gestionnaires et spécialistes présents à cette réunion ont soulevé l'importance de choisir des variétés de graminées adaptées. 

 

Golf de Vittel

Le golf de Vittel se trouve dans le périmètre protégé par Nestlé, propriétaire de l'eau minérale, qui impose depuis 20 ans une réduction drastique des pesticides. Depuis 9 ans, le golf dépendant du Club Med et est entretenu par la société Technick Green, qui n'utilise de pesticide que de manière exceptionnelle et ultra localisée. Il compte deux parcours de 18 trous, un autre de 9 trous et des zones d'entraînement.

Golf-Vittel

Il a fallu plusieurs années aux gestionnaires pour être efficace en zéro pesticide, et ils cherchent encore à se perfectionner. Pour obtenir le meilleur terrain possible dans ces conditions, Anthony Georges, le greenkeeper, s'arrange pour limiter le stress du gazon et réduire les risques de contamination par des maladies. Ainsi, les joueurs doivent passer par un pédiluve avant de poser le pied sur le parcours. Les lames des tondeuses sont inspectées quotidiennement et elles sont affûtées trois fois par an chez un spécialiste. L'an dernier, aucun traitement chimique n'a été fait, mais cette année, une attaque de Dollar Spot a été observée et la tache de gazon atteint a été immédiatement traitée. Pour lutter contre ce champignon, A. Georges est en train de tester une nouvelle technique qui pourrait remplacer les fongicides. Il s'agit d'un autre champignon (Trianum harzanium), qui s'attaque au Dollar Spot.

Contre les adventices, l'opération cruciale est encore une fois le regarnissage, mais aussi les interventions manuelles. A chaque passage sur un green, le gestionnaire élimine les quelques pâquerettes à coups de tournevis. Sur les fairways par contre, ce type d'intervention ne serait pas possible et les pâquerettes sont simplement tolérées.

Evidemment, pour les golfeurs il est surprenant de voir des fairways blancs de pâquerettes au printemps. De manière générale, le golf de Vittel a d'ailleurs un aspect plus naturel, moins aseptisé que la plupart des golfs. Mais le Club Med se charge d'expliquer la situation et les golfeurs comprennent facilement. Depuis 2 ans, la démarche environnementale globale du golf a été récompensée par le label GEO (Golf Envrionment Organization). Notons enfin que le presque zéro pesticide n'a pas empêché le golf d'accueillir des compétitions de haut niveau, telle que le championnat de France senior. 

 

En conclusion

Même s'ils n'ont pas encore complètement abandonné les pesticides, ces trois exemples montrent que le travail mécanique du sol, le regarnissage, mais aussi la communication sont les principaux axes de travail pour s'approcher du zéro pesticide sur les pelouses de sport. Le Pôle GD a déjà noté d'autres exemples intéressants qui feront l'objet de futurs articles.

 

 

 

 

 

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