Les coûts

Comptabilité pour des espaces verts raisonnés

Les communes, confrontées à l'augmentation de la demande sociale en espaces verts, sont amenées à optimiser leurs investissements pour éviter qu'ils ne pèsent trop sur les dépenses communales. Cette demande, de plus en plus marquée, exige des espaces verts en quantité et de qualité. Les citadins veulent plus de nature en ville, une nature de proximité, répondant à la diversité des usages, accessibles à tous. On ne peut imaginer répondre à ces besoins croissants sans réfléchir sur les investissements à réaliser, et l'optimisation des moyens, qu'ils soient financiers, matériels ou humains, sans quoi le budget alloué aux espaces verts gonflerait énormément. Et ceci n'est pas envisageable pour les communes, qui doivent donc trouver les moyens de satisfaire la demande citoyenne sans pour autant faire exploser leurs dépenses. La gestion différenciée peut permettre d'y arriver. Découvrez l'expérience d'une ville française qui a réalisé de manière très rigoureuse son bilan financier après être passée en gestion différenciée.

 

En 1999, Bernard Delorme, le directeur des espaces verts de Thonon-les-Bains, a entamé toute une réflexion sur son travail afin de préparer au mieux la transition d’une gestion "classique" à "novatrice". Il a fait réaliser un diagnostic paysager sur tout le territoire et a mis en place une comptabilité analytique exhaustive de la gestion différenciée des espaces verts qui permet de tout répertorier et donc de mieux prévoir les coûts actuels ou futurs de l’embellissement de la ville par le végétal.

 

Bernard Delorme tient à préciser que son système de gestion est adapté à la ville de Thonon-les-Bains. "Nous sommes une ville touristique, l’image identitaire que constitue l’écrin de nos espaces verts et de notre fleurissement est importante et on nous donne les moyens de travailler en fonction des objectifs qualitatifs qui sont les nôtres. Ceci impose une gestion rigoureuse des moyens mis à notre disposition."

 

Afin de l’appuyer dans sa tâche complexe et conséquente, il travaille avec un bureau d’études, un architecte-paysagiste et deux dessinateurs pour une approche en amont. Le service espaces verts regroupe, quant à lui, 63 agents sur 150 hectares d’espaces verts au bénéfice de 32.000 habitants. A noter que 152 hectares de forêts récréatives soumises au registre forestier sont gérés conjointement par l’Office National des Forêts et le service espaces verts.

 

Concernant l’équipe d’entretien proprement dite, Bernard Delorme travaille donc avec deux jardiniers pour 1000 habitants capables de sortir de leur spécialité pour proposer des choses d’ensemble et 7 catégories d’entretien permettant une gestion différenciée précise et chiffrée par catégorie quant aux couts de maintenance. Les travaux sont fichés au même titre que la gestion des techniciens. Le responsable des espaces verts peut notamment avancer qu’un agent coûte 25.000 € en moyenne et qu'il faut 2,31 agents par hectare pour un espace vert de catégorie 1 correspondant aux espaces verts à gestion très soignée. Cela permet d’impacter le budget efficacement selon les besoins de la collectivité, tant en fonctionnement qu’en investissement

Bernard Delorme définit quatre conditions afin de gérer au mieux ses espaces verts malgré les disparités structurelles et le contexte économique actuel. En premier lieu, il conseille à ses collègues des autres communes de se faire préciser clairement l’intitulé de leur mission en début d’année. Les missions pouvant être modifiées chaque année à l’occasion du vote du budget de l’année à venir, en fonction du contexte économique, de réorganisations éventuelles internes ou encore de délégation de services au secteur privé. Par cette feuille de route, le responsable des espaces verts pourra organiser et décliner le management et des objectifs de gestion de son service afin de répondre aux missions. En fin d’année, un rapport d’activité pourra être rédigé et justifier de l’utilisation des moyens mis à disposition et des niveaux de rentabilité et de productivité atteints.

 

Cette nécessaire transparence dans les résultats obtenus permet au responsable d’apporter des actions correctives de gestion en cours d’exercice et de préparer les équilibres souhaitables de répartition des moyens.

 

Deuxième condition sine qua non : avoir une base de données informatisée de son périmètre d’activité, tous patrimoines confondus. Dans cette base, il faut répertorier l’ensemble des surfaces plantées et des surfaces inertes souvent mal gérées. Tout doit être quantifié, du nombre d’arbres, de fleurs, de massifs, en distinguant prairies et prairies de fauche. Cet inventaire permet de faire des plannings d’intervention pour les équipes territoriales, de préparer les commandes, de quantifier les moyens nécessaires à l’action, tant en hommes qu’en matériels. Il va de soi que ces données nécessitent des mises à jour régulières afin de tenir un tableau de bord cohérent.

Au préalable, avant toute action, Bernard Delorme préconise de mettre en rapport les moyens engagés avec les surfaces traitées. Avec la création de tableau de bord, le directeur d’espaces verts peut, en cours d’exercice ou en fin d’année, visualiser les avancées ou les déficits concernant la gestion des personnels, moyens de production, et les actions engagées dans le cadre des objectifs de service définis. Quand certains travaux dépassent les compétences de ses agents, comme la taille de hauts arbres, il fait appel à des entreprises extérieures, ce qui assure une complémentarité des savoir-faire.

Il insiste aussi très fort sur la solidarité qui doit exister entre les différents services techniques. Il est incompréhensible de laisser un papier sur le trottoir au service voirie lorsqu’on peut l’enlever soi-même alors que ce papier peut s’envoler sur un espace vert avoisinant à tout moment. Outre la collaboration des services municipaux, Bernard Delorme prône en complément l’apport de formations professionnelles pour les agents. Celles-ci enrichissent le savoir-faire des agents concernant de nouveaux aspects tels que la biodiversité, la nature en ville, l’utilisation des produits phytosanitaires...

 

 

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