L'implication des jardiniers communaux

L'évolution du métier de jardinier

Le métier de jardinier est indiscutablement corrélé à la demande sociale, ou plutôt aux demandes sociales, car celles-ci sont multiples, évoluent dans le temps en se superposant parfois. Et le jardinier doit pouvoir, au travers de ses pratiques, répondre aux désirs et aux souhaits des habitants en terme d’espaces verts, de fleurissement, de cadre de vie.

La ou les demande(s) contemporaine(s) ne sont donc plus celles d’il y a 20 ou 30 ans. A cette époque, l’objet le plus généralement sollicité était la fleur. La présence de fleurs, au travers de massifs colorés, plus ou moins travaillés en des formes familières, était alors ce qui représentait, aux yeux des habitants, le jardin, l’espace vert communal.

Aujourd’hui, si la fleur a gardé ses lettres de noblesse, il n’en reste pas moins que de nouvelles attentes se sont exprimées. Ainsi, les parcs et jardins doivent également être des lieux de détente et de loisirs, où l’on peut pratiquer toutes sortes d’activités, où les enfants peuvent bénéficier d’aires de jeux, tandis que d’autres cherchent des aires de repos. De multiples usages doivent maintenant pouvoir être accueillis et conciliés au sein des espaces verts communaux.

Les jardiniers s’inquiètent de ne plus pouvoir consacrer suffisamment de temps à ce qui valorisait leur savoir-faire, c’est-à-dire le fleurissement. Ils s’inquiètent d’être cantonnés au ramassage des feuilles et des papiers gras, et cela n’est pas pour les enthousiasmer. Certains évoqueront le sentiment de perte d’image, autrement dit, d’identité. Qui suis-je si je ne peux plus montrer aux gens ce que je suis capable de faire ?

L’évolution est inéluctable, et il serait contre-productif de la refuser. C’est pourquoi les acteurs d’une commune devront s’unir pour accompagner les hommes de terrain dans ces évolutions, les outiller et les former. Plus que de simples exécutants, les jardiniers font partie intégrante du projet qui s’inscrit dans les changements pressentis, ils participeront et donneront leur avis sur les nouveaux projets d’aménagements, ils auront l’opportunité de faire part facilement à leurs supérieurs des informations qu’ils reçoivent sur le terrain.

 

La gestion différenciée exige un travail de concertation

Au-delà des gains purement environnementaux, la gestion différenciée peut également être synonyme d’amélioration des conditions de travail pour les ouvriers communaux (réduction de l’usage des pesticides et donc du risque pour la santé lors des manipulations), de valorisation du métier de jardinier (utilisation du savoir-faire du jardinier pour maintenir un espace vert de qualité) et d’une meilleure utilisation du temps de travail (suite à une réflexion sur la nécessité du désherbage dans certains lieux et sur les modes d’entretien).

Trop souvent, l’ouvrier horticole est le dernier consulté dans le choix des pratiques à mettre en œuvre dans un espace vert alors qu’il est pourtant un maillon essentiel à la mise en place de la gestion différenciée.

En effet, gérer de manière différenciée ses espaces verts implique une connaissance approfondie de l'utilisation et des contraintes de ceux-ci. Pour un plan de gestion calibré, les informations suivantes devront être prises en compte :

  • Quel est la fréquentation du lieu ?
  • Quels sont les heures de fréquentation ?
  • Quel est le type de personnes (enfants, adultes, personnes âgées)?
  • Quels sont les usages du lieu ? (pratiques sportives, pique-nique, détente,…) ?
  • Y a-t-il des dégradations de mobilier urbain et/ou de végétaux ? Et pourquoi ?
  • Y a-t-il des demandes ou des plaintes de citoyens par rapport aux végétaux ?
 
 

Autant de questions qui ne trouveront de réponses qu’auprès du personnel de terrain, celui qui côtoie régulièrement les lieux et ses utilisateurs.

C’est pourquoi les employés, en concertation avec leur chef, devraient être consultés pour analyser la pertinence de tous projets nécessitant une ou des interventions de l’équipe « espace vert ». Par exemple, un parterre mal conçu (pente trop raide, terre de mauvaise qualité,…) ou une plantation mal adaptée au matériel de la commune (nouvel aménagement créé par une société privée et passant aux mains de la commune après quelques années) risquent d’engendrer des problèmes d’entretien. Un avis du service concerné au moment de la conception du projet éviterait une surcharge de travail inutile dans les années à venir.

 

En s’impliquant ainsi, les employés peuvent faire valoir leurs compétences. Ce qui contribue à les encourager à intégrer, voire s’approprier, le nouveau projet, ce dernier véhiculant leurs idées et leur savoir-faire.

En revanche, il arrive que certains employés soient désintéressés ou réticents face à la gestion différenciée.  Mais grâce à la motivation de leurs collègues impliqués, ou grâce au respect qu'ils voueront au travail de leurs coéquipiers, les réticents de départ pourraient bien s’intéresser davantage à cette nouvelle gestion des espaces verts.

Le personnel de terrain est également le porte-parole de la commune vis-à-vis des citoyens. Ce sont les premiers interpellés par rapport au choix d’un aménagement ou d'une méthode d'entretien. Si l’ouvrier est en accord avec le projet et capable de justifier les choix de la commune, il contribuera à faire accepter plus facilement ce projet auprès de la population.

 

De plus, la pratique de la gestion différenciée permet une meilleure répartition du travail. Ce qui peut s’avérer salutaire pour les ouvriers communaux. En effet, une conception et une gestion adaptées aux réalités de terrain représentent un gain de temps à long terme.

Par exemple, l’utilisation d’une bonne terre évitera le développement excessif des « mauvaises herbes » et donc limitera le temps passé au désherbage. De plus, le gain obtenu sur les espaces gérés de manière extensive permettra de s’attarder sur les milieux nécessitant une gestion intensive. Le tout combiné à un aménagement adapté au matériel de la commune ou aux contraintes du lieu (qu’elles soient liées à la technique ou à des dégradations) évitera également les pertes de temps et les investissements inutiles (en termes d’achat de machines ou de plantations).

 

La gestion différenciée est donc l’affaire de tous et implique concertation et collaboration.

 

 

rejoigneznous