Le fleurissementEn gestion classique, des erreurs d’aménagement et d’entretien sont parfois commises par manque de connaissance de la biologie et du cycle de la plante. Il est notamment important de se soucier des interactions du végétal avec l’animal en visualisant l’ensemble de la chaîne alimentaire concernée. Les variétés horticoles que l’on choisit traditionnellement pour fleurir nos espaces verts sont certes esthétiques et décoratives, mais leur rôle s’arrête malheureusement là. Inintéressantes pour la faune locale, elles entraînent un appauvrissement de la richesse biologique du lieu en ne contribuant plus au nourrissage et au refuge des insectes, qui sont eux-mêmes source de nourriture pour les oiseaux, … etc. À cette inutilité pour la faune, s’ajoute la faible résistance, sous nos latitudes, de ces plantes ornementales face aux maladies et aux ravageurs, d’où la nécessité d’avoir recours aux produits chimiques. Inadaptées au climat, au sol, à la pluviométrie, ces plantes nécessitent beaucoup de soins. La faune prédatrice (auxiliaire) ayant disparu du milieu faute d’être suffisamment accueillant, les populations de ravageurs ne sont plus contrôlées naturellement, et le produit chimique devient l’inéluctable solution. Or, on constate que de plus en plus de résistances aux traitements se développent parmi ces ravageurs, et l’on est alors contraint d’augmenter les fréquences de traitements et de varier les produits appliqués… jusqu’à l’apparition de nouvelles résistances. Bien souvent, on observe également une mauvaise utilisation des produits phytosanitaires : surdosage, gaspillage, non-respect des mesures de sécurité, mauvaise connaissance de la législation… Tout cela a t-il un sens ? Pouvons-nous continuer indéfiniment à appliquer ces méthodes ?La remise en cause de nos habitudes est primordiale. Bien entendu, il ne s'agit pas d'éliminer totalement les plantes et les techniques horticoles. La gestion différenciée ne bannit pas l'horticulture. Elle tend à la diminuer sur certains espaces qui ne nécessitent pas d'être entretenus de manière horticole (exemple : un parc en périphérie de la ville). Sur d'autres espaces, que l'on qualifie parfois "de prestige" (exemple : parcs des administrations publiques en centre-ville), les techniques horticoles, les plantes ornementales et exotiques, pourront toujours être utilisées. L'intérêt de la gestion différenciée est d'amener les gestionnaires à s'interroger sur leurs pratiques notamment en matière de choix de plantes.
Commençons par choisir les bonnes plantes : trois critères doivent retenir votre attention lors du choix d’une plante : sa rusticité, son intérêt écologique et son aspect esthétique, si ce dernier critère paraît essentiel pour l’espace considéré (parc attenant à l’administration communale par exemple). Les vivaces et autres plantes rustiques ont été victimes de notre désintérêt, alors qu’elles nécessitent beaucoup moins d’entretien (donc moins de produits chimiques…) que les annuelles, tandis que les plantes indigènes, adaptées au climat local, sont beaucoup plus résistantes aux maladies et ravageurs et, bien entendu, plus intéressantes pour la faune de nos régions. On peut chercher à améliorer ses connaissances en biologie et phytosociologie(1), afin de bien connaître les besoins spécifiques de la plante, et de procéder à des associations qui contribuent au bon développement des plantes et à l’éloignement des ravageurs. En effet, il est essentiel de placer la bonne plante au bon endroit, en prenant en compte ses exigences par rapport à la nature du sol, la luminosité, la proximité avec d’autres plantes… On cherchera à minimiser les traitements chimiques afin de favoriser le retour des animaux auxiliaires, très utiles pour limiter les populations de ravageurs. Différents petits aménagements très simples peuvent être réalisés pour faciliter leur accueil sur le milieu (exemples : un simple tas de bois et de branches servira de refuge pour le hérisson, grand amateur d’insectes en tout genre ; quelques nichoirs seront également les bienvenus pour attirer les oiseaux). Toujours dans cette optique de minimiser le recours à la chimie, qui présente des risques importants à la fois pour l’environnement et la santé, il faudra chercher d’autres méthodes de désherbage, voire accepter de ne pas désherber certains espaces ! La tolérance à la « mauvaise herbe » est devenue depuis quelques temps un sujet très sérieux dans certaines villes, ayant fait le choix de laisser les « herbes folles » coloniser quelques endroits. Utiliser des méthodes préventives comme le paillage ou l’installation de plantes couvre-sol diminue le besoin de désherbage. En outre, le paillage vous permet d’attribuer à vos déchets verts un usage valorisant par le recyclage!
L’intérêt des vivaces Les vivaces, contrairement aux annuelles, sont pérennes. Certaines sont même persistantes et conservent leur feuillage pendant l’hiver. Mélangées avec des annuelles et bisannuelles, des plantes à bulbes et des rosiers, elles apportent une touche plus naturelle aux massifs, et permettent la création de contrastes originaux de couleurs, de textures et de formes. Grâce à leur pérennité, leur résistance, et leur multiplication aisée, elles sont économiques. Moins gourmandes en eau, elles nécessitent peu de soins et s’auto-suffisent plus ou moins, bien qu’une régénération régulière des pieds soit nécessaire. Il ne faut pas oublier de prendre en compte leurs exigences vis-à-vis de la nature du sol (calcaire, acide, humide, sec…) et de l’exposition à la lumière, sans quoi vous seriez déçu du résultat.
Les fleurs sauvages, pour un fleurissement champêtre Fleurir « plus naturel », c’est possible avec des mélanges fleuris champêtres ! Ceux-ci comportent le plus souvent un mélange d’annuelles et de vivaces, ces dernières prenant, avec le temps, plus d’importance au sein du massif. Ronds-points, bords de routes, talus, berges, mais aussi au sein même des espaces verts sous la forme de prairies, les fleurs sauvages trouveront bonne place à peu près partout dans votre commune, et seront très appréciées des habitants. Elles offriront de surcroît gîtes et couverts à tout un panel de petits animaux et d'insectes. Il est essentiel de vérifier la provenance et la qualité des semences : les plantes sont-elles adaptées au climat, au sol, à la faune de ma région ? Si l’entretien de prairies fleuries est réduit par rapport à un espace engazonné ou fleuri de façon horticole, il n’en est pas moins essentiel de bien préparer le sol pour les accueillir. On ne pourra cependant pas les semer absolument partout : les espaces ayant, pendant de nombreuses années, fait l’objet d’un désherbage soutenu sont peu propices au développement des plantes sauvages, de même que les sols trop riches en azote. L’analyse du sol avant semis est donc primordiale.
Réaliser un pré fleuri Son caractère naturel lui confère un entretien minimisé, et limite les besoins en désherbage. Plutôt que d'opter pour un gazon, choisissez donc une prairie ! Il existe deux types de prairies fleuries : les prairies annuelles, mises en place pour une seule saison de floraison puis retirées, et les prairies pérennes, qui se ressèment naturellement et doivent donc n'être fauchées qu'après la montée en graine. La réussite d'une prairie fleurie repose essentiellement sur la correspondance des espèces choisies avec les conditions pédoclimatiques. Il est donc crucial de bien connaître le type de sol sur lequel vous voulez implanter votre prairie, ainsi que le climat de la région. Les caractéristiques du sol sur lequel vous projetez de semer une prairie fleurie sont déterminantes pour la suite du projet. Deux cas peuvent se présenter à vous : un sol nu (terres remaniées, labourées…) ou un sol engazonné (espace vert classique). En fonction de l’analyse du sol, la démarche sera différente. Le sol est-il riche ou pauvre en matières organiques ? En phosphore ? En azote ? Les sols pauvres sont plus propices à l’installation de fleurs sauvages : si le sol est trop riche, il faudra l’appauvrir, et, pour cela, différentes techniques peuvent être envisagées (un document intitulé "Talus et pré fleuri, mode d'emploi" a été publié par le Laboratoire d'écologie des prairies de Louvain-la-Neuve, cliquez ici pour télécharger ce guide et découvrir les techniques proposées). En plus d’un décapage, la préparation du sol nécessite un désherbage : on ne sème pas directement comme pour un gazon. On privilégiera autant que possible les solutions non chimiques, comme la technique du faux semis (qui consiste à travailler le sol de manière à faire remonter les graines d'adventices, et à les laisser germer avant de les éliminer) ou le désherbage manuel des adventices (désherbage sélectif). Cependant, si la végétation du lieu est importante, un désherbage chimique peut se révèler indispensable. Un labour du sol, ou décompactage, sur une vingtaine de cm de profondeur, garantira un bon enracinement des plantules et une meilleure santé à long terme des fleurs. La densité du semis est importante à étudier afin de l'optimiser face aux futures pousses d'herbes indésirables. L’entretien est minime : une à deux fauches annuelles (une à mi-juillet et l’autre à la mi-octobre) suffisent. Dans bien des cas, on ne fauche même qu'une fois, entre la mi-août et la mi-septembre. On privilégiera bien entendu une fauche haute, c'est-à-dire qu'on coupe les tiges à environ 20 cm du sol. La prairie présentera pendant un temps un aspect desséché, mais c'est un passage nécessaire pour de bonnes conditions de re-semis ! On n'utilise pas de tondeuse ni de broyeur, car ces opérations nuisent à la faune, en particulier aux insectes qui sont logés dans les herbes, et peuvent également détruire les graines et compromettre le re-semis. Différents types de matériels sont disponibles sur le marché (motofaucheuse, faucheuse montée sur un microtracteur, ...)
(1) Phytosociologie : science botanique qui étudie les associations (ou communautés) végétales.
Cet article a été écrit avec l'appui des documents suivants : Mission gestion différenciée, Pour un fleurissement raisonné des villes Horticulture et Paysage, Classeur du Fleurissement, Aménagements et développements durables |
Visionnez notre reportage sur le fleurissement raisonné en cliquant ici.
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